À l’occasion de la Semaine nationale du Handikayak, le Comité Régional de Canoë-Kayak du Grand Est met en lumière celles et ceux qui font vivre et développer le handikayak et le paracanoë sur notre territoire : clubs, bénévoles, éducateurs, dirigeants, pratiquants et sportifs. Pendant 7 jours, découvrez leurs témoignages, leurs réussites et les initiatives qui rendent notre sport plus accessible à tous.
Pour ce 6ᵉ épisode, entretien avec Corentin DENYS, sportif paracanoë du club de Charleville-Mézières Canoë-Kayak. Il revient sur son parcours d’engagement sportif et sa progression vers le haut niveau en paracanoë.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Corentin Denys, j’ai 31 ans. En 2018, j’ai été victime d’un accident de moto qui m’a rendu paraplégique de niveau T8, c’est-à-dire au niveau du sternum. Concrètement, je n’ai plus l’usage de mes jambes.
Après cet accident, j’ai passé environ un mois et demi en soins intensifs à Mont-Godinne, puis neuf mois en centre de réadaptation à Warcq. Comment as-tu découvert le paracanoë ?
J’ai découvert le paracanoë lors d’une journée sportive organisée au centre de réadaptation, où j’ai eu l’occasion d’essayer une machine à pagayer. Mon kinésithérapeute m’a ensuite orienté vers le club de Charleville-Mézières Canoë-Kayak. J’y ai effectué ma première séance en août 2019 et, depuis, je n’ai jamais quitté le club. J’ai tout de suite accroché, autant avec la pratique qu’avec l’ambiance du club et les personnes qui m’ont accueilli, notamment Pierre et Jean-Louis CERBELLE.
Comment s’est construite ta progression au sein du club de Charleville-Mézières Canoë-Kayak ?
Au départ, j’ai commencé sur un kayak biplace, une embarcation très stable. Malgré cela, l’absence de muscles abdominaux rendait l’équilibre difficile : je basculais facilement vers l’avant ou sur le côté en pagayant.
Nous avons donc progressivement adapté le matériel. Au début, il s’agissait de solutions très artisanales : une chaise de bureau modifiée et installée dans le bateau, puis différents systèmes de calage. Ensuite, un ami travaillant l’aluminium m’a fabriqué un siège sur mesure qui m’a permis de poursuivre ma progression. Grâce à ces adaptations, j’ai pu participer à mes premiers Championnats de France en 2021.
Par la suite, je me suis orienté vers la pirogue, qui est aujourd’hui mon embarcation principale. Depuis, nous avons continué à faire évoluer les sièges et les réglages afin de trouver la position la plus efficace possible.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’engager dans une démarche de performance ?
Dès le début, lorsque l’on m’a demandé si je souhaitais pratiquer en loisir ou en compétition, ma réponse a été immédiate : la compétition.
J’ai toujours eu un esprit très compétitif. Avec Pierre et Jean-Louis, nous avons construit le projet étape par étape : compétitions régionales, Championnats de France, puis ouverture vers le niveau international.
Le rêve paralympique faisait déjà partie des perspectives à long terme, même si l’objectif principal restait avant tout de progresser et d’atteindre le meilleur niveau possible.
Quel rôle joue ton club et ton encadrement dans ta progression ?
Le club de Charleville-Mézières joue un rôle essentiel dans mon parcours. Sans lui, je ne serais certainement pas au niveau où je suis aujourd’hui.
Pour moi, ce n’est plus simplement un club, c’est une véritable famille. Il existe une vraie solidarité entre les entraîneurs, les jeunes, les bénévoles et l’ensemble des pratiquants. Quand j’arrive au club, il y a toujours quelqu’un pour m’aider à embarquer, transporter le matériel ou m’accompagner sur l’eau.
Je me sens vraiment privilégié. Cet environnement me permet de progresser dans les meilleures conditions et de poursuivre mes ambitions sportives.
Quelles compétitions ou expériences ont été les plus marquantes jusqu’à aujourd’hui ?
L’année dernière, j’ai intégré l’équipe de France et participé à 3 grandes compétitions internationales : la Coupe du monde de Poznań, les Championnats d’Europe en République tchèque et les Championnats du monde à Milan.
La Coupe du monde de Poznań reste sans doute mon souvenir le plus marquant. En France, je cours souvent seul dans ma catégorie et je me bats principalement contre le chronomètre. Là, nous étions neuf sur la ligne de départ. Pour la première fois, je pouvais me confronter directement à des adversaires internationaux. Je termine quatrième à une seconde du podium, avec mon meilleur départ et mon meilleur chrono du moment. Cette course m’a énormément motivé pour la suite.
Les Championnats d’Europe ont également été une expérience forte. J’y décroche une nouvelle quatrième place à très peu d’écart du podium. Ces compétitions m’ont permis de mesurer le niveau international et de confirmer que je pouvais rivaliser avec les meilleurs.
Sur quoi travailles-tu aujourd’hui à l’entraînement pour continuer à progresser ?
Une grande partie de ma progression passe par l’optimisation du matériel et de ma position dans le bateau.
Par exemple, nous avons récemment modifié la position de la sangle de maintien. Auparavant, elle était placée au niveau des pectoraux, ce qui limitait fortement mon amplitude. En la descendant au niveau du sternum, j’ai gagné environ dix centimètres de mouvement vers l’avant. Cela peut sembler être un détail, mais à haut niveau, quelques centimètres de plus à chaque coup de pagaie peuvent faire une réelle différence sur la performance finale.
Aujourd’hui, je m’entraîne deux fois par jour, entre préparation physique à domicile et séances au club, avec l’objectif de continuer à progresser et de me rapprocher des meilleurs.
Quels sont tes objectifs sportifs à court et moyen terme ?
À court terme, mes objectifs sont les Championnats de France de vitesse sur 200 mètres ainsi que les Championnats de France de marathon.
À plus long terme, je souhaite retrouver l’équipe de France et revenir sur les compétitions internationales. Le projet paralympique est aussi dans un coin de ma tête, même si c’est une construction étape par étape.
Qu’est-ce que le paracanoë t’apporte dans ta vie de tous les jours, au-delà du sport ?
Aujourd’hui, le paracanoë fait partie intégrante de mon équilibre de vie.
Je m’entraîne deux fois par jour et j’ai constamment besoin de cette activité. Le sport m’apporte du bien-être physique et mental. Il structure mon quotidien et me permet de me sentir bien. Quand je ne vais pas sur l’eau ou que je ne m’entraîne pas, il me manque quelque chose.
Quel message aimerais-tu transmettre à celles et ceux qui souhaitent se lancer dans le paracanoë ?
Il faut se lancer sans hésiter. Le sport apporte du bien-être, de la confiance et ouvre beaucoup de portes. Il ne faut pas se mettre de barrières.