Semaine nationale du Handikayak 2026 | 15 au 21 juin - Episode 5

Épisode 5 : Rencontre avec Amélie LE SCLOTOUR, éducatrice engagée dans l’accompagnement en handikayak et paracanoë

À l’occasion de la Semaine nationale du Handikayak, le Comité Régional de Canoë-Kayak du Grand Est met en lumière celles et ceux qui font vivre et développer le handikayak et le paracanoë sur notre territoire : clubs, bénévoles, éducateurs, dirigeants, pratiquants et sportifs. Pendant 7 jours, découvrez leurs témoignages, leurs réussites et les initiatives qui rendent notre sport plus accessible à tous.    


Pour ce 5ᵉ épisode, entretien avec Amélie Le SCLOTOUR sur son rôle d’éducatrice et sur les conditions d’accueil des personnes en situation de handicap au sein du club de Strasbourg Eaux Vives.    

Pour commencer, peux-tu te présenter en quelques mots ? Quel est ton rôle au sein de Strasbourg Eaux-Vives ?  

Bonjour, je m'appelle Amélie LE SCLOTOUR. Je suis une ancienne athlète de haut niveau en kayak marathon. Pendant ma carrière sportive, je travaillais comme aide-soignante en hôpital de jour.   

Actuellement, je suis cadre au sein du club de Strasbourg Eaux-Vives en charge du groupe compétition.    

Quel a été ton parcours dans le canoë-kayak et dans l'encadrement sportif ?

J’ai commencé le kayak dans les Vosges, au club de Gérardmer, à l’âge de 10 ans. J’ai pratiqué le slalom et la descente avant de me tourner vers la course en ligne à l’âge adulte.  

J’ai toujours été impliquée dans l’encadrement dès mes 16 ans, via les formations fédérales et l’engagement bénévole. Par la suite, j’ai fait de l’encadrement mon métier à travers une formation d’État (DEJEPS CK) dans le cadre de ma reconversion professionnelle.    

As-tu suivi des formations spécifiques liées au handikayak ou au handisport ?   

J’ai suivi les modules d’encadrement intégrés à ma formation DEJEPS. Je me suis également rapprochée du Comité Régional Handisport afin de compléter mes connaissances et d’approfondir certains aspects spécifiques.    

D'où te vient cette sensibilité à l'accueil des personnes en situation de handicap ?

Je pense qu’elle vient principalement de mon parcours professionnel. J’ai toujours évolué dans un environnement lié au handicap et à l’adaptation du quotidien.    

Aujourd'hui, le club accueille deux nouveaux pratiquants en situation de handicap. Comment s'est construite leur arrivée à Strasbourg Eaux-Vives ?

Dans le cadre de ma formation, j’ai mené un projet de développement autour de l’accueil des personnes en situation de handicap. Comme dans tous projets, il y a la projection et la réalité.

Clara nous a été orientée via la FFCK et le Comité Paralympique. Hugo, lui, est arrivé par lui-même : il avait déjà pratiqué le canoë-kayak dans une autre ville et a rejoint le club via un ami licencié.    

Quelles adaptations concrètes as-tu mises en place pour leur permettre de pratiquer dans les meilleures conditions ?  

Pour Hugo, l’adaptation principale concerne la pagaie afin d’améliorer sa préhension. Le bateau utilisé est prêté par le Comité Régional et ne nécessite pas de modification majeure. Le travail porte surtout sur son autonomie dans le cadre de la pratique collective.  

Pour Clara, l’accompagnement a été plus progressif. Nous avons débuté en K2 sans siège, où je l’aidais sur la gestion de la stabilité et de la trajectoire. Ensuite, avec l’arrivée d’un bateau spécifique de paracanoë prêté par la FFCK, il a fallu installer la coque, également prêtée par la fédération, et l’adapter à sa morphologie. Nous avons ensuite cherché à améliorer la stabilité en ajoutant une forme de stabilisateur latéral. Nous avons aussi collé des mousses un peu partout pour éviter les risques d’escarres, ainsi qu’une mousse spécifique pour bien caler ses jambes à l’intérieur du bateau.  

Il reste encore une étape importante à résoudre : trouver une solution pour franchir le barrage, qui impose de débarquer puis de réembarquer environ 50 mètres plus loin pour rejoindre le lieu principal de pratique. Pour le moment, je dois porter Clara sur mon dos.

L'accueil de pratiquants en situation de handicap a-t-il fait évoluer le fonctionnement du club ? Quelles difficultés et quels freins rencontrez-vous encore aujourd'hui ?  

Oui, notamment dans le cadre du projet dédié aux personnes en situation de handicap mental. C'est d'ailleurs sur cet aspect que l'évolution a été la plus importante, avec l'ouverture d'un créneau spécifique pour les IME le mercredi matin, encadré par deux éducateurs.  

Pour les personnes en situation de handicap moteur, nous privilégions d'abord des séances individuelles avant une intégration progressive aux séances de groupe. 

Les méthodes d'encadrement sont forcément différentes de celles utilisées avec des pratiquants valides. Il faut s'adapter en permanence, que ce soit sur les aspects techniques, la manière de pagayer ou encore la gestion de la fatigue.  

Parmi les difficultés rencontrées, l'accès au site de pratique reste un véritable enjeu. Le barrage nous oblige à débarquer, à transporter le matériel, puis à réembarquer plus loin pour rejoindre la zone de navigation.  

D'autres freins subsistent également, notamment le manque de matériel adapté. Un bateau de paracanoë est généralement configuré pour un seul pratiquant et ne peut pas être facilement partagé. Le manque de temps et d'encadrants formés constitue aussi un frein important, car il est difficile d'envisager une découverte du paracanoë directement dans le cadre d'une séance collective.    

Quelles satisfactions retires-tu de cette expérience et quels progrès observes-tu aujourd'hui chez les pratiquants ?  

La plus grande satisfaction reste de les avoir vus terminer leur première compétition tous les deux, sans chute. C'était une étape importante et une belle récompense pour tout le travail accompli.

Comme pour tout sportif, la progression vient avec la pratique régulière. Clara parvient de mieux en mieux à mettre de la puissance dans son geste tout en conservant son équilibre. De son côté, Hugo gagne progressivement en endurance et se fatigue de moins en moins rapidement.    

Selon toi, qu'apporte l'inclusion aux pratiquants concernés, mais aussi à l'ensemble du club ?  

Le simple fait de pouvoir pratiquer une activité de pleine nature leur permet déjà de prendre l’air, de sortir de leur quotidien et de vivre les mêmes expériences sportives que les autres pratiquants.

Pour le groupe compétition, cela renforce également l’entraide et la solidarité. Chacun est amené à être davantage attentif aux autres et à apporter son aide lorsque c’est nécessaire. J’espère aussi que cela contribue à développer la bienveillance et l'ouverture d'esprit chez les plus jeunes.    

Si tu devais convaincre un autre club de se lancer dans cette aventure, quel message lui adresserais-tu ?  

Je pense avant tout qu’il faut que l’éducateur ou le bénévole qui porte le projet y croie réellement. Ensuite, il ne faut pas hésiter à poser des questions, à solliciter les personnes ressources et à chercher de l’aide. De nombreux acteurs peuvent accompagner les clubs dans cette démarche.   

Quelle ambition porte aujourd'hui Strasbourg Eaux-Vives pour le développement du handikayak et du paracanoë ?  

Notre ambition à long terme est claire : accompagner la progression d'un athlète jusqu'au plus haut niveau et, pourquoi pas, voir un jour un sportif du club participer aux Jeux Paralympiques.  

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