À l’occasion de la Semaine nationale du Handikayak, le Comité Régional de Canoë-Kayak du Grand Est met en lumière celles et ceux qui font vivre et développer le handikayak et le paracanoë sur notre territoire : clubs, bénévoles, éducateurs, dirigeants, pratiquants et sportifs. Pendant 7 jours, découvrez leurs témoignages, leurs réussites et les initiatives qui rendent notre sport plus accessible à tous.
Pour ce 4ᵉ épisode, coup de projecteur sur le club de l’Amicale Laïque Toul Canoë Kayak, engagé dans une démarche inclusive structurée et dans une dynamique d’accessibilité pour tous les publics.
Témoignage de Julien HATTON, éducateur sportif du club.
Comment est née la démarche inclusive au club et comment s’est-elle diffusée auprès des bénévoles, encadrants et licenciés ?
La démarche inclusive s’est construite très naturellement au sein du club, portée dès le départ par les bénévoles eux-mêmes. En tant qu’acteurs historiques du fonctionnement du club, ils ont rapidement intégré cette volonté d’ouverture à tous dans leurs pratiques et dans le projet associatif.
Cette dynamique s’est ensuite structurée avec l’arrivée de Rosalie, première salariée du club. Éducatrice sportive diplômée en STAPS Activités Physiques Adaptées et titulaire du CQH handisport, elle a contribué à formaliser et développer l’accueil des publics spécifiques. Elle a notamment initié la formation Pagaie Santé de la FFCK au niveau national et permis l’intégration du club dans le dispositif Prescri’Mouv, facilitant l’accueil et la fidélisation de publics du champ santé au sein de groupes dédiés.
J’ai ensuite pris le relais dans la continuité de ce travail, en tant que cadre salarié de la structure. Mon parcours de formation et mes expériences s’inscrivent pleinement dans cette dynamique : éducateur sportif BEES CKDA 1°, diplômé d’État en ergothérapie, titulaire du CQH handisport, formé à la Pagaie Santé et membre de staff de l’équipe de France Paracanoë lors de ses débuts de structuration. Cette continuité permet d’ancrer la démarche dans le temps long et dans les pratiques quotidiennes du club.
Progressivement, cette organisation a favorisé une véritable culture commune de l’inclusion, qui se traduit par une forte cohésion entre les différents groupes, qu’ils soient loisirs ou compétition, où la pratique partagée devient un véritable levier de lien social. À titre d’exemple de l’implication de l’ensemble des licenciés, un pagayeur non-voyant est pleinement intégré à la vie du club et participe tout au long de l’année aux entraînements comme aux compétitions de dragon boat, accompagné et guidé par ses coéquipiers.
Quels types de publics accueillez-vous aujourd’hui et quelles activités leur sont proposées ?
Nous accueillons des personnes issues d’établissements médico-sociaux tout au long de l’année, ainsi que lors de séances découvertes encadrées.
Nous avons également des licenciés en situation de handicap qui pratiquent régulièrement le dragon boat, et parfois le kayak (notamment en kayak de mer en binôme mixte valide/non valide).
Le club accueille tous types de handicaps (moteur, sensoriel, mental et polyhandicap), principalement chez un public adulte aujourd’hui.
Les pratiquants réguliers participent également aux séances piscine du club, favorisant le travail d’aisance aquatique et la sécurité en kayak.
Quels partenariats avez-vous développés avec les établissements spécialisés, les collectivités ou les associations du territoire ?
Depuis plusieurs années, nous accueillons des résidents de la Maison d’Accueil Spécialisée de Dommartin-lès-Toul (Office d’Hygiène Sociale de Lorraine). Il s’agit de personnes présentant un polyhandicap avec des troubles épileptiques. Avec le vieillissement des résidents et l’évolution de leur état de santé, la survenue de crises ou d’absences est devenue plus fréquente, rendant une pratique régulière à l’année plus complexe. Nous sommes donc passés d’un accueil sous forme de pratique annuelle régulière à des séances plus ponctuelles, mais ouvertes à un plus grand nombre de résidents, afin de permettre la découverte de l’activité au plus grand nombre.
Par ailleurs, nous travaillons à un nouveau partenariat avec le Centre d’Éducation Motrice de Flavigny-sur-Moselle pour accueillir des enfants en situation de handicap moteur et plurihandicap.
D’autres établissements médico-sociaux viennent également ponctuellement pour des séances découvertes, principalement en dragon boat.
Enfin, un partenariat est en cours de développement avec la Maison Sport Santé du Toulois, afin d’accueillir des personnes en reprise d’activité physique, présentant différentes pathologies.
Quelles adaptations avez-vous mises en place pour permettre à chacun de pratiquer dans les meilleures conditions ?
Les adaptations concernent à la fois le matériel, les infrastructures et l’encadrement : accessibilité du site, ponton adapté, aides à l’embarquement, embarcations spécifiques et matériel de sécurité adapté à tous les niveaux d’autonomie.
L’adaptation passe aussi par la posture pédagogique des encadrants, essentielle pour sécuriser et rendre accessible la pratique à chacun.
Ces dernières années, nous avons également investi dans du matériel adapté qui facilite l’accès à la pratique pour des publics qui en étaient jusque-là éloignés : ponton adapté en hauteur avec lève-personne, coques de différentes largeurs, pagaies adaptées pour le kayak et le dragon boat, gilets haute flottaison pour non-nageurs, ainsi qu’un fauteuil hippocampe.
Peux-tu partager une expérience ou un moment marquant qui illustre l’impact de vos actions ?
Depuis plusieurs années, les résidents de la MAS de Dommartin-lès-Toul viennent pratiquer au club, et certains comportements observés sont particulièrement marquants, malgré l’absence de communication verbale.
Certains résidents, souvent très agités et présentant des mouvements incontrôlés des membres supérieurs et inférieurs, se trouvent apaisés une fois installés dans le bateau et entrent dans une phase d’observation et de relâchement durant la séance. Le plus marquant est le changement de comportement au retour : dès que le ponton est en vue et qu’ils comprennent que la fin de séance approche, on observe à nouveau l’apparition des mouvements parasites.
Cette activité permet d’appréhender la nature d’une façon très singulière, ainsi que la faune présente sur le canal, qui constitue bien souvent une première rencontre pour les résidents, du fait du caractère atypique de l’activité.
Vous avez engagé une démarche d’obtention du label « Tourisme & Handicap » : quelles sont les motivations du club et que représente ce label pour vous ?
Le label « Tourisme & Handicap » est le prolongement naturel de la démarche engagée par le club depuis plusieurs années. Son développement s’est accompagné d’un important travail de formation et de sensibilisation des bénévoles et des cadres, ainsi que d’investissements conséquents en matériel permettant l’accès à la pratique pour le plus grand nombre : coques adaptées, ponton avec lève-personne, accessibilité de la berge, fauteuil hippocampe, pagaies adaptées, etc. Il s’est également traduit par la réhabilitation des locaux, rendant l’accès PMR possible.
Tout cela n’aurait pas été possible sans l’engagement des bénévoles, mais aussi sans le soutien des partenaires privés et institutionnels (Ville de Toul, Département de la Meurthe-et-Moselle, Région Grand Est, CEREMA, FFCK, EDF…).
L’obtention du label permet de valoriser l’ensemble de ce travail et constitue un gage de qualité, à la fois en matière d’accessibilité, d’accueil et de sécurisation de la pratique. Il contribue également à faire évoluer les représentations : le canoë-kayak reste encore trop souvent perçu comme une discipline réservée à la performance et aux champions, et peu accessible aux personnes en situation de handicap.
Quels conseils donnerais-tu à un club qui souhaiterait développer l’accueil des personnes en situation de handicap mais ne sait pas par où commencer ?
L’accueil de personnes en situation de handicap dans notre activité ne s’improvise pas. Le milieu de pratique étant spécifique, il présente des contraintes : accessibilité des sites, matériel spécifique, encadrement qualifié, ainsi que la réglementation liée notamment au savoir-nager.
Pour initier un projet d’accueil dans un club, l’idéal est de se rapprocher des interlocuteurs fédéraux (CDCK ou CRCK) qui pourront orienter et mettre en relation avec des personnes ou des clubs déjà engagés dans la démarche, afin de présenter et de partager les différents aspects du handikayak et du paracanoë.
Si l’on veut aller plus loin, il est impératif de se former à l’encadrement en lien avec les fédérations spécifiques (Handisport ou Sport Adapté), selon le type de public accueilli. Il est également important de se rapprocher de la FFCK, et plus particulièrement du service Handikayak/Paracanoë, afin de pouvoir participer, si possible, à des stages ou des regroupements, pour vivre concrètement l’expérience et mieux appréhender les réalités de l’encadrement et de l’accompagnement.
Pour aller plus loin
Label « Tourisme & Handicap »
Le label « Tourisme & Handicap » est un label d’État porté par Atout France. Il permet d’identifier les établissements touristiques engagés dans une démarche d’accessibilité pour les personnes en situation de handicap et garantit une information fiable sur les conditions d’accueil et de pratique.
- Pour plus d’informations : https://www.atout-france.fr/fr/tourisme-et-handicap
- Contact : tourismeethandicap@atout-france.fr
FFCK – Handikayak & Paracanoë
La Fédération Française de Canoë-Kayak et Sports de Pagaie accompagne le développement du handikayak et du paracanoë à travers un service dédié, qui soutient les clubs dans leurs projets d’accueil, de formation et de structuration.
Contacts :
- handikayak@ffck.org
- Charles DELVAL – Manager Para Canoë FFCK : cdelval@ffck.org
- Maïwenn LE FLOC'H – Cheffe de projet national Handikayak : mlefloch@ffck.org
- David BERNADEAU – Référent national Handikayak : dbernardeau@ffck.fr
Flyer de présentation : https://www.ffck.org/wp-content/uploads/2026/03/Flyer-Handikayak-2026_compressed.pdf
