À l’occasion de la Semaine nationale du Handikayak, le Comité Régional de Canoë-Kayak du Grand Est met en lumière celles et ceux qui font vivre et développer le handikayak et le paracanoë sur notre territoire : clubs, bénévoles, éducateurs, dirigeants, pratiquants et sportifs. Pendant 7 jours, découvrez leurs témoignages, leurs réussites et les initiatives qui rendent notre sport plus accessible à tous.
Pour ce 3ᵉ épisode, entretien avec Abel ABER, sportif paralympique du club Golbey Épinal Saint-Nabord et membre de l’équipe de France de paracanoë. Il revient sur son début de saison internationale, sa progression et la dynamique engagée vers les grandes échéances et Los Angeles 2028.
Tu rentres tout juste des Championnats d’Europe avec une belle médaille de bronze, à seulement 16 centièmes du titre. Quel regard portes-tu sur ce début de saison ?
Ce début de saison est très encourageant. Lors de ma première compétition internationale, la Coupe du monde de Brandenburg, j’ai réussi à me qualifier en finale A. Cela m’a permis de me mettre immédiatement dans le bain et de me confronter aux meilleurs mondiaux. Sur les trois courses disputées, j’ai progressé à chaque passage pour terminer à quelques dixièmes seulement des leaders.
J’arrivais donc aux Championnats d’Europe avec l’objectif de confirmer cette dynamique. La médaille de bronze représente une belle satisfaction, mais ce qui me réjouit le plus, c’est d’avoir réalisé un nouveau record personnel en 47 secondes. C’est un chrono que je n’avais jamais atteint auparavant et qui me rapproche du record d’Europe, réalisé le même jour par le vainqueur ukrainien.
Cette performance valide le travail accompli depuis Paris 2024. Elle récompense les efforts engagés, la structuration du projet sportif et l’accompagnement mis en place autour de moi. Cette médaille me donne beaucoup de confiance pour la suite, avec la conviction qu’il reste encore une vraie marge de progression.
Quels sont désormais tes principaux objectifs pour la seconde partie de saison ?
Cette première partie de saison m’a permis d’obtenir ma sélection pour la Coupe du monde de Montréal en juillet et pour les Championnats du monde de Poznan en août. L’objectif initial était de réaliser des finales A et de répondre aux critères de performance nécessaires pour poursuivre la saison internationale.
Le système de qualification pour les Jeux paralympiques a évolué. Désormais, le classement mondial repose sur l’accumulation de points sur trois saisons lors des grandes compétitions internationales. Cette formule me convient particulièrement, car elle me stimule et m’encourage à maintenir un haut niveau d’exigence sur la durée.
Je vais avancer étape par étape : d’abord Montréal, puis Poznan. À ce niveau, tout se joue sur des détails. Mon objectif est de continuer à me rapprocher durablement des meilleurs mondiaux et de marquer un maximum de points dans la perspective des Jeux paralympiques de Los Angeles 2028. Les Championnats du monde constitueront une étape majeure avec l’ambition d’aller chercher une médaille dans une concurrence encore plus dense.
Sur quels aspects techniques, physiques ou mentaux travailles-tu actuellement à l’entraînement pour continuer à progresser ?
Aujourd’hui, je considère que le mental est un facteur déterminant de la performance. Sur une course qui dure environ cinquante secondes, tout est organisé pour arriver au moment décisif dans un état optimal. Je travaille notamment la respiration, la visualisation et la gestion du stress à travers un protocole inspiré de mon passé de boxeur.
Aux Championnats d’Europe, cette approche mentale a clairement fait la différence. J’ai réussi à mieux gérer la pression, à me relâcher, à vivre pleinement l’instant tout en restant concentré sur ma course.
Physiquement, l’affûtage reste essentiel pour arriver dans les meilleures conditions, mais je suis convaincu qu’aujourd’hui la différence se fait aussi dans la tête. Je vais d’ailleurs renforcer cet aspect avec l’accompagnement de Pierre DEVAUX (Cellule d’accompagnement à la performance de la FFCK). Sans alignement mental le jour J, il est impossible d’exprimer pleinement son potentiel.
Deux ans après les Jeux paralympiques de Paris 2024, quels souvenirs gardes-tu de cette expérience unique ?
Les Jeux de Paris restent un souvenir exceptionnel. Représenter la France à domicile est une immense fierté et une expérience difficile à décrire. Évoluer devant son public, dans une telle ambiance, constitue une source de motivation extraordinaire.
Le jour de la compétition, il a fallu gérer une forte pression, mais j’ai réussi à produire une course de haut niveau. Cette expérience m’a beaucoup apporté, tant sur le plan sportif que personnel.
Que représente pour toi cette 6ᵉ place paralympique et en quoi a-t-elle influencé la suite de ta carrière sportive ?
Lorsque j’ai débuté le paracanoë en 2019, après quinze années consacrées à la boxe, mon objectif était simplement de participer aux Jeux paralympiques de Paris. Au fil des saisons, j’ai progressé jusqu’à intégrer le top mondial.
La 6ème place obtenue à Paris, dans une finale extrêmement serrée, m’a surtout apporté une certitude : j’ai ma place parmi les meilleurs mondiaux. Cette expérience a renforcé ma confiance, mon niveau d’exigence au quotidien et mes ambitions. Aujourd’hui, lorsque je regarde vers Los Angeles 2028, je ne me contente plus de viser une participation. L’objectif est clairement d’aller chercher une médaille.
Après les Jeux, une nouvelle dynamique s’est mise en place au sein de l’équipe de France avec l’arrivée de Charles DELVAL comme manager du Paracanoë et d’un staff animé par une réelle ambition de performance. Les résultats obtenus dès ce début de saison, avec plusieurs médailles françaises aux Championnats d’Europe, témoignent déjà de cette dynamique.
À titre personnel, cette période marque également une nouvelle étape dans la structuration de mon projet. Je bénéficie du soutien de nombreux acteurs : la Ville d’Épinal, mon employeur, qui me permet de concilier sport de haut niveau et activité professionnelle, mon club Golbey Épinal Saint-Nabord, mes partenaires privés ainsi que l’encadrement sportif qui m’accompagne au quotidien. Cet équilibre entre vie familiale, professionnelle et sportive est aujourd’hui l’un des fondements de ma progression et de mon ambition vers Los Angeles 2028.
Tu viens régulièrement t’entraîner au Pôle Performance de Nancy. Qu’apporte cette structure à ta préparation et quels sont, selon toi, ses principaux atouts pour accompagner les sportifs vers le haut niveau ?
Le Pôle Performance de Nancy constitue un appui important dans mon projet de performance. J’y effectue régulièrement des regroupements afin de bénéficier d’un accompagnement spécifique, d’échanges avec d’autres sportifs de haut niveau et des infrastructures du CREPS de Nancy.
Cependant, ma préparation reste principalement organisée dans les Vosges, où je réalise la majorité de mes entraînements.
Les stages et regroupements à Nancy viennent compléter ce travail de terrain et apportent une véritable valeur ajoutée dans certaines phases de préparation. L’un des principaux atouts du pôle réside dans la qualité de son encadrement et dans la complémentarité des compétences réunies autour des sportifs. L’accompagnement de José RUIZ, les infrastructures du CREPS et les échanges avec les autres athlètes créent un environnement favorable à la progression.
Au-delà de la dimension sportive, l’environnement autour de l’athlète est essentiel pour performer au plus haut niveau. Comment le tien est-il structuré aujourd’hui ?
La réussite de ce projet paralympique repose sur un ensemble d’acteurs. Le soutien de mon employeur, la Ville d’Épinal, celui de mon club, de mes partenaires et de mon entourage sont tout aussi essentiels.
Aujourd’hui, la recherche de nouveaux partenaires constitue d’ailleurs un enjeu majeur pour poursuivre ma progression et me donner les moyens nécessaires pour rivaliser avec les meilleurs sportifs mondiaux jusqu’aux Jeux de Los Angeles 2028.
Enfin, quel message aimerais-tu transmettre aux jeunes pratiquants, notamment à ceux qui souhaitent s’engager dans une démarche de performance ou découvrir le paracanoë ?
J’aimerais leur dire qu’il faut croire en ses rêves et faire preuve de patience. Rien ne vient du jour au lendemain. Il faut accepter les difficultés, travailler régulièrement, persévérer et garder confiance dans son projet.
Pour les personnes en situation de handicap, j’aimerais transmettre un message particulier : le handicap fait partie de notre histoire, mais il ne définit pas nos limites. Il ne faut jamais se fixer de barrières à l’avance ni renoncer à ses ambitions.
