Semaine nationale du Handikayak 2026 | 15 au 21 juin - Episode 2

Épisode 2 : Rencontre avec Clara DE KERPEL, premiers coups de pagaie, premiers défis

À l’occasion de la Semaine nationale du Handikayak, le Comité Régional de Canoë-Kayak du Grand Est met en lumière celles et ceux qui font vivre et développer le handikayak et le paracanoë sur notre territoire : clubs, bénévoles, éducateurs, dirigeants, pratiquants et sportifs.  Pendant 7 jours, découvrez leurs témoignages, leurs réussites et les initiatives qui rendent notre sport plus accessible à tous.  


Pour ce 2ᵉ épisode, rencontre avec Clara DE KERPEL, licenciée au club Strasbourg Eaux Vives. Récemment engagée dans la pratique du paracanoë, elle revient sur son parcours, ses débuts et ses premières expériences en compétition.    

Peux-tu te présenter en quelques mots ?  

Je m’appelle Clara, j’ai 25 ans et j’habite à Strasbourg. Je suis ancienne gymnaste, j’ai pratiqué ce sport jusqu’à mes 15 ans en compétition puis j’ai testé d’autres sports, judo, athlétisme, natation… Je suis également interne en médecine depuis un an !    

Peux-tu nous parler de ton handicap ?  

Le handicap est très récent pour moi. J’ai eu un accident de ski il y a un an et demi. J’ai voulu prendre une grosse bosse et j’ai chuté de 3 mètres de haut en atterrissant directement sur le dos. Une vertèbre (T12) s’est fracturée et a comprimé ma moelle épinière.  Je suis donc devenue paraplégique « basse », c’est-à-dire que je suis paralysée du haut des cuisses jusqu’aux orteils. Je me déplace uniquement en fauteuil roulant, mais je suis parfaitement autonome !    

Comment as-tu découvert l’activité ?  

J’ai découvert cette pratique grâce au programme La Relève, que l’association Comme les Autres m’a fait connaître. Ce programme aide les personnes en situation de handicap à découvrir un sport paralympique et à développer leur potentiel sportif.  Nous avons organisé un entretien téléphonique afin d’échanger sur mes envies, et ils m’ont orientée vers cette discipline qui m’a tout de suite inspirée.    

Qu’est-ce qui t’a donné envie de commencer cette pratique ?  

Après mon accident, c’était très important pour moi de trouver une discipline qui me corresponde et me challenge. Je voulais retrouver une ambiance de club comme j’avais connu en gymnastique, et également avoir un/une coach afin d’avoir des conseils dans le domaine technique. Ce handicap n’est pas évident à accepter, et tout particulièrement ce point de rupture avec la vie d’avant, qui a changé du tout au tout en une fraction de seconde. Le sport était donc pour moi une évidence, et le kayak est devenu pour moi une véritable échappatoire.    

Comment s’est déroulée ta première séance ?  

En réalité, il y a eu plusieurs premières séances. 

La toute première dans un kayak de loisir, où j’ai redécouvert les sensations d’être sur l’eau après mon accident. J’ai fait connaissance avec mon entraîneure et j’ai découvert le club. J’ai tout de suite eu envie de revenir ! 

La toute première dans un kayak de course en ligne a été beaucoup plus compliquée… On va dire que j’ai passé plus de temps dans l’eau que sur le bateau. La Fédération m’a prêté un bateau para ainsi qu’une coque (sorte de siège fixé dans le bateau) mais ces équipements n’étaient pas tout à fait adaptés à ma morphologie. Je n’étais donc vraiment pas stable ! On avait du mal à croire que je puisse un jour faire 200m sans tomber.    

Quels défis as-tu rencontrés au début de ton parcours ?  

Il a tout d’abord fallu adapter la coque à ma taille, et cela impliquait pas mal de bricolage : découper des mousses afin de les coller dans la coque pour qu’elle soit le plus ajustée possible. Il a ensuite fallu caler mes jambes avec des mousses dans le bateau afin qu’elles ne bougent pas lorsque je pagaie car cela déstabilise beaucoup.  

Quelques adaptations sont également nécessaires pour aller sur le lieu d’entrainement de mon club à Strasbourg-Eaux-Vives. Nous devons passer par un barrage et nous sommes obligés de débarquer pour réembarquer 50m plus loin. Après plusieurs solutions testées, c’est finalement mon entraîneure qui me porte sur son dos sur cette distance.   

Les lieux de compétitions ne sont pas toujours pensés pour des personnes à mobilité réduite, tout particulièrement en fauteuil roulant : graviers, pontons peu accessibles, toilettes pas toujours adaptées… Heureusement que les copains sont là pour aider !    

Tu as récemment participé au Championnat Régional de Vitesse  à Mulhouse ainsi qu’à la Sélective Nationale de vitesse à Nevers : comment se sont passées ces compétitions ?  

Ces compétitions se sont très bien passées ! J’avais une certaine appréhension comme c’était la première fois, j’avais peur de tomber à l’eau… Même si j’ai réussi à acquérir une certaine stabilité, elle est encore fragile et le bassin de compétition est un peu plus mouvementé que notre lieu d’entraînement. C’était un accomplissement de réussir à aller jusqu’au bout, surtout lorsqu’on compare à ma première séance !  J’ai concouru à la fois en K1 (Kayak 1 place) et en K2 (Kayak 2 places) en duo handi-valide. Je me suis bien amusée, surtout dans le K2 où il faut être parfaitement synchronisé avec son binôme !

Qu’as-tu particulièrement apprécié dans ces expériences ?  

J’ai adoré l’ambiance de club, où nous partons à plusieurs pour un week-end. J’avais l’impression de partir en colonies de vacances ! Et je trouve vraiment chouette de concourir en même temps que les valides : cela permet d’oublier un peu le handicap par moments, et puis il y a beaucoup d'entraide. Tout le monde se montre disponible pour m’aider si besoin et c’est très appréciable.

Que dirais-tu à une personne qui hésite à se lancer ?  

Je lui dirais qu’elle n’a rien à perdre, que dans le pire des cas elle aura fait une balade en pleine nature, donc c’est tout à fait honnête !  

Quels sont tes objectifs ou tes motivations pour la suite ?  

J’aimerais poursuivre la compétition et aller le plus loin possible. Je souhaite progresser techniquement et améliorer ma stabilité afin de pouvoir augmenter ma cadence et développer davantage de puissance.  


FOCUS – Le programme La Relève  

Lancé par le Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF), La Relève accompagne les personnes en situation de handicap souhaitant découvrir un parasport ou s'engager dans une pratique compétitive. Après un entretien individualisé, les participants sont orientés vers les disciplines les plus adaptées à leur profil, leurs capacités et leurs envies. Depuis sa création en 2019, plusieurs sportifs issus du programme ont intégré les équipes de France paralympiques.   

Pour en savoir plus : La Relève – Comité Paralympique et Sportif Français  

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